Depuis son indépendance, le Maroc a entrepris une transformation éducative majeure, passant d'un modèle élitiste, destiné à former une minorité dirigeante, à un système de masse visant la scolarisation universelle. Ce virage historique, bien que légitime et porteur d'un noble idéal d'équité, a paradoxalement relégué au second plan un pilier fondamental de toute pédagogie efficace : la différenciation.
L'application d'une approche pédagogique uniforme à l'ensemble des élèves, sans égard pour la diversité des contextes, des niveaux, des rythmes d'apprentissage, des milieux socio-culturels et des besoins individuels, revient à ignorer les réalités complexes du terrain. L'acte éducatif ne peut se permettre d'être monolithique ; il doit être intrinsèquement souple, profondément contextualisé et, surtout, résolument différencié.
Pourquoi devrions-nous compromettre l'excellence au nom d'une conception réductrice de l'équité sociale ? Pourquoi imposer à des élèves en difficulté un parcours standardisé, souvent au-delà de leurs capacités, au risque de les démobiliser et d'exacerber les inégalités existantes ? La véritable équité ne réside pas dans l'uniformité des moyens, mais dans la capacité à offrir à chaque élève les ressources et les opportunités adaptées à son potentiel, lui permettant ainsi de progresser de manière optimale.
Il est impératif de reconnaître que le Maroc a besoin d'une architecture éducative diversifiée, composée de plusieurs types d'écoles, chacune répondant à des objectifs spécifiques et complémentaires :
● Des écoles d'excellence : Des pôles d'innovation dédiés aux élèves à haut potentiel, où la curiosité intellectuelle, la recherche avancée et la créativité sont non seulement encouragées, mais aussi activement cultivées.
● Des écoles de remédiation et de consolidation : Des structures spécialement conçues pour les élèves en difficulté, offrant des rythmes d'apprentissage flexibles, des pédagogies ciblées et un accompagnement personnalisé pour surmonter les lacunes et renforcer les acquis.
● Des écoles rurales et urbaines adaptées : Des établissements dont la conception et les ressources sont spécifiquement pensées en fonction des particularités locales, avec des objectifs pédagogiques différenciés pour maximiser l'impact dans chaque contexte.
Ces écoles ne doivent en aucun cas devenir des "ghettos pédagogiques", mais plutôt des espaces interconnectés, reliés par des passerelles souples favorisant la mobilité ascendante ou latérale des élèves en fonction de leur évolution et de leurs aspirations. Loin d'un cloisonnement rigide, il s'agit de bâtir une architecture éducative fluide, véritablement inclusive et ambitieuse, capable de révéler tous les talents.
Le projet « Écoles de la Réussite » gagnerait immensément à intégrer cette vision plurielle, en abandonnant toute velléité d'uniformisation. Car l'uniformité, en niant la richesse de la diversité, étouffe la pertinence, et l'excellence ne doit jamais être sacrifiée sur l'autel d'un égalitarisme de façade.
Farid Mita, auteur indépendant et ex-formateur des enseignants de mathématiques de l'enseignement secondaire collégial et qualifiant au CRMEF de Safi / Maroc.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire