mardi 6 janvier 2026

Un constat très décevant !

"Lorsque l'enseignant n'a pas lui-même intériorisé les fondements, il devient prisonnier d’une logique de survie : chercher des solutions toutes faites, reproduire des corrigés, éviter les imprévus." Pr. Farid MITA




Énoncé du constat

Il est fort désolant de constater qu'une partie des enseignants de mathématiques aux deux cycles de l'enseignement du secondaire, censés guider leurs élèves vers l’autonomie intellectuelle, se retrouvent eux-mêmes dépendants de solutions toutes faites pour des exercices élémentaires. Ce phénomène traduit un déficit de maîtrise conceptuelle et une fragilité dans la formation initiale, qui se répercutent sur la qualité de l’enseignement.


Éléments de réponse

1. La dépendance aux solutions  

   - Le partage de corrigés d’exercices simples devient une pratique courante, non pas comme outil d’échange didactique, mais comme béquille pour pallier des lacunes.  

   - Cela révèle une posture d’enseignant-consommateur, davantage tourné vers la reproduction que vers la création ou l’adaptation pédagogique.


2. Un déficit de socle fondamental  

   - Beaucoup d’enseignants n’ont pas consolidé les bases élémentaires : arithmétique, algèbre, géométrie, raisonnement logique.  

   - Sans ce socle, la didactique des mathématiques — qui suppose une capacité à décomposer, reconstruire et contextualiser les savoirs — devient inaccessible.  

   - On observe alors une transmission mécanique, dénuée de profondeur et incapable de susciter la réflexion critique chez les élèves.


3. La didactique comme exigence supérieure  

   - Didactiser les mathématiques ne consiste pas à réciter des méthodes, mais à transformer les savoirs en objets d’enseignement : anticiper les obstacles, valoriser les erreurs, créer des situations-problèmes.  

   - Cela requiert une double compétence : la maîtrise des contenus et la capacité à les mettre en scène dans un cadre pédagogique cohérent.  

   - Or, sans une connaissance intime des notions, l’enseignant ne peut ni prévoir les difficultés des élèves ni institutionnaliser leurs découvertes.


4. Conséquences sur l’apprentissage des élèves  

   - Les élèves perçoivent rapidement la fragilité de leurs enseignants, ce qui peut engendrer une perte de confiance dans la discipline.  

   - L’enseignement se réduit à une succession de recettes, sans ouverture vers la logique, la créativité ou l’esprit critique.  

   - À long terme, cela contribue à la reproduction d’une génération d’apprenants qui voient les mathématiques comme une suite d’énigmes à résoudre par imitation, plutôt qu’un langage universel de la pensée.


Développement 

Ce constat met en évidence une fracture entre le rôle attendu de l’enseignant et la réalité vécue dans certaines classes. L’enseignant devrait être un médiateur du savoir, capable de transformer les mathématiques en outil d’émancipation intellectuelle. Mais lorsqu’il n’a pas lui-même intériorisé les fondements, il devient prisonnier d’une logique de survie : chercher des solutions toutes faites, reproduire des corrigés, éviter les imprévus.  

Cette situation traduit une crise de formation initiale et continue. Former un enseignant de mathématiques ne peut se limiter à lui transmettre des contenus : il faut l’accompagner dans la construction d’une posture réflexive, capable de relier la rigueur conceptuelle à l’ingénierie didactique. Sans cela, l’enseignement reste superficiel et les élèves sont privés de l’expérience authentique des mathématiques comme discipline de pensée.


Conclusion 

Le problème n’est pas seulement individuel, il est structurel :  

- Une formation initiale insuffisante, qui ne garantit pas la maîtrise des bases.  

- Une absence de culture didactique, qui empêche de transformer les savoirs en véritables objets d’enseignement.  

- Une dépendance aux solutions toutes faites, qui réduit l’enseignant à un exécutant.  

Pour dépasser ce constat, il faut repenser la formation des enseignants : consolider le socle fondamental, développer une culture didactique exigeante, et valoriser la créativité pédagogique. Car enseigner les mathématiques, ce n’est pas transmettre des recettes, mais initier à un art de penser.  


Pr. Farid Mita , Auteur indépendant et ex-formateur des enseignants des mathématiques de l’enseignement secondaire collégial et qualifiant au CRMEF de Safi 

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